dim. Déc 8th, 2019

18 juin – Des nouvelles de Joanna

Une belle leçon de réalisme, d’abnégation et de courage! Puisse-t-elle être entendue…

Bonjour à tous,

Me voici arrivée au terme de mes 10 tournois d’exemption médicale. Sur ces 10 tournois, je n’ai passé qu’une fois le cut: un échec retentissant par rapport aux objectifs que je m’étais fixée. Cependant, je réalise avec du recul que ces objectifs n’étaient pas très réalistes.

Ces 3,4 dernières années, le niveau du LPGA Tour a considérablement progressé. Entre le travail formidable que fait notre Directeur du tour, Mike Whan, qui ne cesse de muscler notre calendrier (aussi bien en nombre de tournois qu’en dotation) et la mauvaise santé actuelle du Ladies European Tour, de plus en plus nombreuses sont les filles qui viennent frapper à la porte du circuit américain.

Chaque année se présentent aux cartes américaines des joueuses élites du Tour Européen, Tour Japonais, et Tour Coréen, puis des amateurs en partie issues du programme universitaire américain, dont le niveau a lui aussi nettement progressé ces derniers temps (plus de moyens, plus d’investissement, plus d’exposition aux médias, meilleures structures d’entrainement). Résultat, chaque année, nous avons des rookies qui ne tardent jamais trop longtemps à briller (plusieurs d’entre elles ont gagné un tournoi ou plus dès leur première saison!). Ces rookies expulsent par conséquent toutes les joueuses du bas de tableau.

Conclusion: il y a de moins en moins de place pour la médiocrité.

Il y a encore 5 ans, on pouvait voir des joueuses “paresseuses”, ou un peu trop bon vivant, gagner des tournois, sur un coup de chance.
La réalité, c’est que le talent ne suffit plus. Les Coréennes ont changé la donne et assez vite, les joueuses des autres pays ont compris que si elles voulaient rivaliser, il fallait se mettre au même rythme d’entraînement.

L’une des différences que j’ai constaté depuis que j’évolue sur le LPGA Tour, c’est la présence de plus en plus forte des filles à la salle de gym. L’autre jour je regardais la joueuse numéro 2 mondiale, l’Australienne (d’origine coréenne) Minjee Lee faire des développés couchés avec des altères de 35 pounds! Quand on regarde le petit bout de femme qu’elle est, ça fait bizarre.

Bref, globalement, c’est devenu une véritable ambiance de travail.

Mais ça me plait. Je n’ai jamais été fan des soi disant héros qui gagnent des tournois alors qu’ils picolent, fument, et s’entraînent très occasionnellement. Ça fait sans doute rire la galerie, mais ça ne véhicule pas une bonne image pour notre sport. Ce que j’aime, c’est voir des athlètes tels que Tiger, Nadal, Michael Jordan réussir. C’est leur passion, leur détermination et tous les sacrifices qui vont avec, qui me font rêver. J’ai pleuré comme une madeleine quand Tiger a gagné le Masters… et versé quelques larmes quand Nadal a gagné son 12ème Roland Garros.

Quant à moi, je prend une grosse claque dans la figure car suite à mes contre performances, j’ai perdu mon statut sur le LPGA Tour.
Je n’étais pas loin de lâcher l’affaire et de rentrer en France pour changer de cap. Puis j’ai réfléchi… Si j’abandonne la seule année où je suis vraiment en difficulté, c’est plutôt mal me préparer à la vie, non?

Bon nombre de grands athlètes ont traversé des années difficiles, mais n’ont rien lâché, et ont fini par remonter à la surface. Mike Lorenzo est un très bon exemple chez nos Français.

Bref, par amour pour ce sport, je n’abandonnerai pas. N’avoir pu jouer que 3 mois en 2018 m’a fait réaliser à quel point j’aimais ce sport et la compétition. Et surtout la chance que j’ai de faire de ma passion mon métier.

Alors oui, quelque part c’est rabaissant à 34 ans de se retrouver en 2eme division. Mais c’est une opportunité pour moi de me tester mentalement, et de sortir grandie de cette expérience.

Je devais retourner en France pour 3 semaines, mais en raison des prix exorbitants des vols pour Paris, j’ai décidé de retourner à Dallas m’entraîner. Au final, c’est un mal pour un bien car les distractions y sont bien moins nombreuses qu’à Paris.

J’ai commencé à bosser il y a quelques semaines avec un jeune Coach qui m’a pris sous son aile (il est principalement sur le PGA tour, où il entraîne Patrick Reed pour le petit jeu, et une douzaine d’autres joueurs).

Je continue toujours avec Ian Triggs, qui m’aide autant qu’il peut à distance, surtout mentalement (étant en Australie c’est un peu compliqué de le consulter techniquement). Josh, le coach que je vois à Dallas, et Ian sont très complémentaires donc il n’y a aucune confusion.

Suite au travail que j’ai fait avec Josh, j’ai vu tout de suite les résultats, avec un -4 et dans le par au Shoprite Classic (suivi d’un très mauvais dernier tour dans des conditions très venteuses, dû à un mal de dos qui heureusement s’est vite résolu), et un -3 au premier tour au Meijer Classic. Malheureusement, ayant le dernier départ de la journée, suite au retard de 7 heures en raison de la pluie, je n’ai pu jouer qu’1 trou à 21h30. Bref le lendemain j’étais contrainte de jouer 35 trous avec 5 heures de sommeil, et seulement 40mn de break entre les deux tours. La grosse erreur que j’ai faite à ce moment là, c’était de déjeuner. Résultat, coup de barre, j’envoie 6 bogeys sur mes 7 premiers trous pour signer une carte finale de +5, (pour un total de +2 sur 2 tours) me faisant rater le cut de 3 points.

Mais peu importent les details, je suis contente de l’évolution de mon jeu. Il me manque actuellement juste de la réussite.

Beaucoup de gens m’ont posé la question pourquoi je faisais des changements…
J’aurais été l’une des joueuses élites du LPGA Tour, je n’aurais touché à rien. Mais la réalité est telle que chaque année je finissais entre la 80ème et 100ème place du ranking, de quoi conserver mes droits de jeu pour la saison suivante. Pas très excitant, si?

Mon swing était tel que si je n’avais pas un timing parfait, j’en mettais partout. Après 9 années en tant que Pro, j’étais lasse de devoir me battre comme une chienne pour passer les cuts. Vous m’avez souvent vu sortir -6 après un premier tour de +6 pour passer le cut. Mais ça me demandait une telle énergie mentale que le weekend, j’étais souvent épuisée, alors le Saturday Moving Day, eh bien il me passait à chaque fois sous le nez!

Si je suis passée pro, c’est parce que je rêve de pouvoir jouer la gagne, non pas pour passer les cuts. Alors voilà , cette année j’ai pris des risques en changeant certaines choses dans mon swing, qui ne sont pas encore totalement enregistrées dans ma mémoire musculaire. De temps en temps je retombe dans mes anciennes tendances, et c’est normal. Mais quand je tape bien la balle, je la tape nettement mieux qu’auparavant. Ceux qui connaissent mon jeu depuis longtemps et qui m’ont vu jouer cette année, surtout les derniers tournois, sont du même avis.

Je ne vous cache pas que financièrement, c’est difficile, n’ayant plus aucun soutien depuis 2018. Mais c’est peut etre aussi ce qui me motive encore plus. Je n’ai certainement plus le même train de vie qu’avant mais j’ai la chance d’avoir au fil des années ici aux US tissé des liens très forts avec beaucoup d’amis, de familles, qui sont toujours prêts à m’ouvrir la porte et m’aider autant qu’ils le peuvent. La générosité des Américains est quelque chose que je n’oublierai jamais.

Suite du programme: je vais me concentrer sur le Symetra dès cet été. Avant cela, je vais jouer le Dow, un nouveau tournoi en double du LPGA Tour, avec Céline Herbin.

Je vous tiendrai informés de mes résultats. Le but est bien évidemment de récupérer mes droits de jeu pour le LPGA Tour en 2020.

Sinon physiquement, à part une légère frayeur à la fin du Shoprite Classic, je n’ai eu aucune douleur depuis le début de la saison. Je ne fais plus que des pilates et du fractionné, et je me suis jamais sentie aussi bien.

Une fois de plus, merci de votre soutien! On traverse tous à un moment dans sa vie des phases professionnelles compliquées, le tout est de ne jamais arrêter d’y croire et de regarder en avant. Comme disait Steve Jobs, “You can’t connect the dots looking forward; you can only connect them looking backwards. So you have to trust that the dots will somehow connect in your future. You have to trust in something – your gut, destiny, life, karma, whatever. Because believing that the dots will connect down the road will give you the confidence to follow your heart even when it leads you off the well worn path; and that will make all the difference.”

Et puis bon, un peu de piment dans la vie, ça fait pas de mal!

A bientôt,

Joanna


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